« 20 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 326-327], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2166, page consultée le 04 mai 2026.
20 avril [1836], mercredi matin, 10 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé. Comment vas-tu ce matin ? J’ai passé une bien mauvaise nuit. A six heures du matin, je ne pouvais pas dormir. J’ai lu toute la matinée et enfin me voici t’écrivant de mon lit, mais étant encore fort malingre. Ce qui est cause que je sens encore plus à quel point je t’aime et combien tu es indispensable à ma vie. Je voudrais pouvoir te le cacher, parce qu’il est certain que la certitude où tu es que je t’aime plus que tout au monde t’empêche d’avoir pour moi l’amour inquiet et prévenant qui fait tout le charme d’une liaison comme la nôtre. Sois sûr, mon cher adoré, que ce n’est pas une exigence pure et simple de ma part quand je trouve que tu n’es pas avec moi comme tu devrais être. C’est un besoin du cœur que je t’exprime, le besoin le plus impérieux, celui de recevoir des marques non équivoques de tendresse et d’amour, sous la forme qui convient à l’amour. Je te le répète parce que c’est profondément senti. J’ai plus besoin d’amour que de dévouement. J’ai plus besoin d’amour que de pain. Avec l’amour, je suis riche. Sans l’amour, je suis pauvre et dénuée. Je ne veux de toi que de l’amour sous la forme amour. Tout le reste, je le repousse de toutes mes forces. Un mot de ta main m’est plus précieux que tous les billets de banque du monde. Une caresse de toi m’est plus nécessaire que tous les besoins de la vie.
Juliette
« 20 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 328-329], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2166, page consultée le 04 mai 2026.
20 avril [1836], mercredi soir, 8 h. ½
Mon cher Victor bien aimé, je t’aime, c’est tout ce que je puis dire pour ma
justification. Je t’aime. C’est tout ce dont je me souviens. Je veux toujours t’aimer,
c’est ma résolution pour l’avenir si ce n’était pas déjà ma vie.
On vient de
m’apporter la sérénade d’ANGELO. On l’avait remise à la
portière avec une petite lettre que j’ai lue parce que j’ai
cru qu’il n’y avait pas d’indiscrétion ; j’ai vu aussi que
la sérénade était dédiée à Mme L. K.+++1 et
sempre bene.
Mon cher bijou, j’ai un mal de tête si
excessif que je ne sais vraiment pas que faire de ma caboche. Dans le cas où tu
viendrais, je te prierais de me faire sortir pour essayer de le dissiper.
Je
t’aime mon Victor chéri, n’oublie pas que je t’aime et ne me dis plus jamais de ces
vilaines choses qui m’exaspèrent et que je ne mérite pas, je t’assure, et que je n’ai
jamais méritées.
Quand tu liras ma lettre, tu seras tout prêt de te coucher.
Aussi, je veux que tu prennes chacun de mes gribouillages pour sujet d’un doux rêve
dans lequel tu me verras bonne et charmante et pleine d’amour et telle enfin que je
suis dans ma peau d’âne.
Juliette
1 Laure Kraft, vraisemblablement.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
